Déménagement, relocalisation d’entreprises : retours d’expérience

5 octobre 2022

Temps de lecture : 7 min

Manager la mobilité : un défi à relever pour demain

Témoignages croisés Schneider Electric x Mobivia

 

Les déménagements d’entreprises sont un levier puissant pour changer les habitudes de déplacement et développer des mobilités plus pratiques et plus respectueuses de l’environnement. C’est en tout cas celui qu’ont activé Schneider Electric et Mobivia, suite aux déménagements récents de leurs entreprises. Témoignages croisés de ces deux acteurs, lors d’un Webinar organisé par Déclic Mobilités le 27 septembre 2022.

 

Même les entreprises ont besoin de bouger

C’est en 2014 que l’entreprise Schneider Electric, décide de passer le cap des nouvelles mobilités, pour faciliter les déplacements en interne de l’entreprise, composée de plusieurs sous-entités domiciliées à différents endroits de l’agglomération grenobloise. Mais aussi pour donner plus de place à l’innovation, en décloisonnant l’entreprise. À Grenoble, son but est de rassembler 13 site à l’origine, au sein de 4 sites majeurs entre 2014 et 2020. Un plan de déplacement interentreprises (PDIE) est alors élaboré pour suggérer à chaque salarié un trajet type plus pratique et plus vert pour arriver à son lieu de travail, le tout sans perdre d’énergie ou de temps en comparaison de leur mode de déplacement habituel.

Chez Mobivia, ces mêmes ambitions sont nées en 2018 avec la move FACTORY. En quatre ans, le projet de relocalisation de plusieurs entreprises de l’écosystème en un seul site est né, avec l’ouverture des bâtiments et l’arrivée des premiers habitants en septembre 2022. À Villeneuve-d’Ascq, au cœur de la Métropole européenne de Lille (MEL), l’idée est de créer “un lieu pour échanger et développer des synergies entre tous les acteurs qui travaillent sur les mobilités de demain” explique Alexandra Schiltz, directrice de la move FACTORY.

“Pour imaginer et planifier les trajets les plus adéquats, des brainstormings ont été menés pour calculer quelles étaient les meilleures synergies de transports pour arriver aux six nouveaux pôles sans perdre de temps.” Michèle Lix

Déménager : quels défis ?

Nouveaux itinéraires et nouvelles contraintes

“Le gros du travail a été de coordonner le déménagement d’entreprises installées depuis 30 ans” explique Michèle Lix, chargée de mobilité des salariés au sein de Life is On et de Schneider Electric. “Certaines entreprises ont déménagé de 30 kilomètres.” explique-t-elle. “Pour imaginer et planifier les trajets les plus adéquats, des brainstormings ont été menés pour calculer quelles étaient les meilleures synergies de transports pour arriver aux six nouveaux pôles sans perdre de temps”.

Autre sujet, celui de la place décroissante de la voiture en ville, et les contraintes urbanistiques qui vont avec. Ainsi, le Plan local d’urbanisme (PLU) de Grenoble impose la règle stricte d’une place de parking pour 60 m² de bâtiment. Pour les entreprises de l’écosystème de Schneider Electric historiquement équipées d’importants parkings, plusieurs solutions ont été trouvées :

  • Favoriser le covoiturage, qui désengorge les axes et présente une alternative plus verte à l’autosolisme ;
  • Pour favoriser les mobilités cyclables, des parcs à vélos ont été mis à disposition ;
  • Pour les véhicules électriques, des bornes de recharge ont été installées.

Les nouveaux sites de Schneider Electric et la move FACTORY sont également équipés de vestiaires et de douches, pour que les collaborateurs qui le souhaitent puissent se rafraîchir avant d’arriver au bureau.

Moins de mètres carrés inutiles, pour plus de sobriété

Après ces déménagements, Schneider Electric a mis en place une logique de flex office, où les espaces de travail ne sont plus attitrés. En éliminant les bureaux individuels privatifs, ce sont des mètres carrés occupés en moins. “On part du principe que tout le monde n’est pas au bureau tous les jours”, ajoute Michèle Lix. 

Du côté de la move FACTORY, le choix de l’activity based working a quant à lui primé. « Les principes de fonctionnement et d’aménagement du site sont là pour encourager la mobilité des collaborateurs, proposer de nouveaux espaces aux fonctionnalités différentes, destinés à favoriser le partage et la co-création », témoigne Alexandra Schiltz. Depuis l’origine du projet, la volonté de la move FACTORY est de créer un site partagé hébergeant des acteurs divers du secteur, pour en faire un véritable hub des mobilités, destiné à encourager les synergies et le développement de coopérations dans ce domaine. Concrètement, la move FACTORY intègre un corpoworking, où des acteurs sont accueillis dans des bureaux privés prêts à l’emploi, incluant des espaces animés de réunions et de rencontres professionnelles. Cette offre d’hébergement est à l’initiative d’une entreprise qui ouvre ses locaux et mutualise un hospitality management du site qui correspond aux nouvelles attentes des entreprises post-covid en matière de consommation des espaces tertiaires, qu’on peut résumer ainsi : moins d’espace mais mieux d’espace. 

Dans l'écosystème de Grenoble, la part des mobilités polluantes représente aujourd'hui 39,4 % des déplacements, quand celle des mobilités vertes est désormais de 60,6 % !

L’utilisation croissante des mobilités douces au profit de l’environnement !

À Grenoble, depuis 2012, Schneider Electric réalise une enquête tous les deux ans sur les modes de déplacement de ses entreprises. En 2015, l’étude réalisée avant la relocalisation de ces dernières a montré que les déplacements par des mobilités polluantes (autosolisme et deux-roues motorisés) représentaient au sein du groupe 64,5 % des déplacements globaux. Quant aux mobilités douces (transports en commun, vélo, marche, covoiturage) ne composaient que 35,6 % du total des déplacements. En 2022, après le rassemblement des entreprises sur les trois sites, les chiffres du Challenge pour le site Intencity montrent une inversion de la tendance : dans l’écosystème de Grenoble, la part des mobilités polluantes représente aujourd’hui 39,4 % des déplacements, quand celle des mobilités vertes est désormais de 60,6 % !

Quant à la move FACTORY, une mécanique de réflexion sur la mobilité des futurs habitants a été embarquée plusieurs mois avant le déménagement. L’ensemble des trajets des collaborateurs ont été analysés pour modéliser des scénarios post-déménagement, et évaluer l’impact de ce dernier sur l’évolution de l’empreinte carbone globale. 

A ce titre, un premier impact positif du déménagement est la réduction de la distance moyenne-domicile travail pour les collaborateurs (d’environ 2 km). A pratique de mobilité identique et sur une base annuelle de référence de jours ouvrés impliquant tous un déplacement, l’impact du déménagement est une réduction théorique de 13 % de l’empreinte carbone liée aux déplacements des collaborateurs. Et cela, en partant du principe que la part d’autosolisme se maintient en l’état. Quelques mois avant le déménagement, l’autosolisme était encore majoritaire chez les collaborateurs de Mobivia (à hauteur de 78 %, selon une enquête interne). Or, selon les résultats de cette même enquête, de nombreux collaborateurs déclaraient vouloir abandonner l’autosolisme, au profit de modes de transport plus vertueux. La part des autosolistes passerait ainsi de 78 % à 57 % si ces projections se réalisent.

Par conséquent, sur la base annuelle de référence de jours ouvrés, du fait de la distance et de  la part d’autosolisme, l’émission pourrait passer – selon des modélisations théoriques, toujours – de 530 tonnes d’équivalent CO2, soit une réduction potentielle de 27 % de cet impact carbone.

Des changements accompagnés

À la move FACTORY comme chez Schneider Electric, ces changements positifs ont pu avoir lieu grâce au volontarisme et à l’accompagnement des collaborateurs, un levier essentiel pour encourager la mise en place de nouvelles habitudes de mobilité. Des habitudes qu’il faudra évidemment accompagner dans la durée auprès des habitants du lieu, avec des opérations de sensibilisation et des événements à venir sur le sujet des mobilités. Affaire à suivre.